Archive pour décembre 2010
Verboten !
« Interdiction de vous rendre à la visite Pro Silva ! »
-
Voilà comment Yznogourg* parle à ses gens !
-
On m’avait déjà plusieurs fois dénoncé ce fait,
mais un nouveau témoignage vient à l’instant de m’en apporter une nouvelle confirmation.
-
-
-
-
* Comment ça, vous ne savez pas qui est Yznogourg ? Mais pourtant tout le monde le connaît ! Yznogourg est un petit personnage de bande dessinée dont l’unique obsession est de devenir Calife à la place du Calife.
-
-
-
-
-
-
-
-
Appel à Sherlock Holmes
Phénomène à élucider
-
Comment en est-on arrivés là ?
Qui me donnera l’explication du truc ?
Qui saura ?
-
C’est bien un pin maritime (Pinus pinaster Ait.), ça c’est facile, je le sais mais…
… pour le reste, j’attends vos explications !
D’avantage de photos sur ma photothèque : http://www.pijouls.com/index-accueil.php
à la rubrique Arbres biscornus
(chemin d’accès : La photothèque – 2) Le Végétal – 201) Les Arbres – Arbres biscornus)
-
Alors… ?
-
-
J’attends !
-
-
-
-
Hein ?
-
-
Le pin, le bois, le bleu, et nous
Question d’un étudiant :
M. Hazera,
Je suis étudiant à la Sorbonne à Paris en licence de design.
Dans le cadre d’un projet sur le pin maritime, je m’intéresse à cette essence, notamment aux caractéristiques de son aubier, comme la vulnérabilité aux champignons, insectes… À Paris, des fournisseurs de bois m’ont indiqué que l’aubier était le plus souvent éliminé pour la fabrication de planches par exemple, du fait de sa fragilité. Ils m’ont même dit que le transport d’aubier non traité était interdit pour Paris, et qu’il était traité directement sur le lieu de production.
Je voulais savoir si cela était vrai. Un producteur Landais de pin maritime m’a affirmé le contraire. Ce même producteur m’a expliqué que, dans son exploitation, son processus de fabrication absorbe l’aubier et le duramen, la séparation étant impossible.
Vous évoquez la monoculture intensive, qui entraîne des modifications structurelles du bois, et le fait que l’aubier ne peut être retiré. Pensez vous que les différences que je constate dans les propos que j’ai recueillis peuvent provenir de ces différences de pratiques ?
Je vous remercie pour les éclaircissements que vous pourrez m’apporter.
Bien cordialement.
-
-
My answer :
Cher Monsieur,
Merci de votre message, qui tombe très bien.
Ce que l’on vous a dit à Paris serait presque idéal, mais ne correspond pas aux pratiques réelles (du moins pour ce qui concerne le pin maritime).
- L’idéal serait d’éliminer l’aubier du bois lors de sa mise en œuvre… pour tous les bois. L’aubier est fragile et peu durable pour toutes les essences, même les plus résistantes, acacia et teck inclus, la seule partie vraiment noble étant le bois parfait.
- Malheureusement, cette pratique tend à se perdre pour de nombreuses essences et, concernant le pin maritime, elle est aujourd’hui totalement abandonnée.
L’aubier de toutes les essences est sensible aux champignons et aux insectes. L’aubier, partie vivante de l’arbre, contient quantité de réserves nutritives potentiellement utilisables par ces dégradeurs divers. Le duramen, lui, est le résultat d’un processus interne de transformation chimique et de colmatage des vaisseaux qui aboutit à rendre ce bois peu attractif et peu accessible. Les bois à aubier non différencié (peuplier, sapin et épicéa par exemple) restent plus fragiles du fait que ce processus de duraminisation ne se produit pas, ou pas de façon complète me semble-t-il (point à vérifier).
L’économie moderne pousse à raccourcir les cycles de production, et la sylviculture n’y échappe pas. De ce fait, au lieu d’attendre que le pin maritime ait atteint sa maturité, on le coupe avant terme, et le bois parfait… est encore loin de l’être. Comme on accélère la croissance dès la plantation, il contient une forte proportion de bois juvénile (le bois produit au cours des 10 à 15 premières années de vie de l’arbre), de qualité inférieure. Et comme les utilisateurs ne proposent que des prix très peu attractifs pour les gros pins, le sylviculteur préfère couper ses bois en herbe, lorsqu’ils sont encore jeunes (autour de 40 à 45 ans) et de volume faible (autour de 1 mètre-cube). En outre, la sylviculture moderne coûte de plus en plus cher, ce qui pousse également les producteurs à raccourcir les cycles de production. Ils considèrent aussi que des arbres qu’on laisse vivre longtemps sont davantage sujets à subir divers dangers (tempêtes par exemple), même si ce risque est bien loin d’être confirmé par les faits. Dernier point : on ne se préoccupe plus du tout non plus de la période de coupe. L’abattage se pratique tout au long de l’année, en toutes saisons et en tous temps. Les sols en sont victimes (à cause des engins de plus en plus lourds qui y circulent, même dans les périodes où ces sols sont les plus fragiles), mais la qualité du bois en est victime aussi, notamment sa résistance aux champignons et aux insectes car, comme vous le savez certainement, du bois coupé en bonne saison et en bonne lune est bien plus durable que ce même bois coupé à d’autres moments de l’année… mais ce qui commande maintenant aux arbres, ce sont les machines : leur prix est tellement énorme qu’elles doivent impérativement tourner à plein rendement pour enrichir leurs constructeurs et les organismes de prêt fnancier.
Tout cela est à mon avis extrêmement discutable, voire même largement erroné. C’est faire fausse route que de choisir toutes ces options. Dans des arbres de faibles dimensions, par exemple, il n’est pas possible de purger l’aubier car, si on le purge, il ne reste plus alors que très peu de bois parfait utilisable, encore ce dernier contient-il en son centre une grosse partie de bois juvénile. C’est tout à fait possible de purger l’aubier sur des arbres de grosses dimensions, mais pas sur les jeunes blancs-becs qu’on utilise de nos jours. C’est un obstacle économique, pas technique.
Le pin maritime contient une forte proportion d’aubier : pour des pins de 40 ans, il peut être de l’ordre d’un tiers du rayon, voire plus. En volume, cela représente une proportion encore bien plus importante. Sur un arbre d’une quarantaine d’années, c’est donc l’aubier qui est prépondérant dans la masse de bois. Lors des sinistres comme ceux que nous avons subis récemment (les ouragans Martin et Klaus), cet aubier commence à bleuter progressivement à partir de la fin du printemps, lorsque l’alimentation en eau devient déficiente (à cause des racines endommagées) pour répondre aux besoins de l’évapotranspiration. La dégringolade du prix du bois, dès le lendemain de chaque tempête, a comme prétexte ce bleu, cette dégradation de l’aubier, qui n’est pourtant pas technologique mais seulement esthétique, et qui ne se produit que longtemps après (plusieurs mois après le sinistre).
Voilà pourquoi votre message tombe bien : je rève d’un designer qui mettrait au goût des consommateurs les belles veines du bois bleu ! On m’a dit que, en Savoie (c’est un Savoyard qui me l’a dit), le bois bleu du sapin se vendait à meilleur prix que le bois blanc, c’est-à-dire vert… j’espère que vous me comprenez ! Autrement dit, tout cela n’est qu’une question de mode, mais nous autres producteurs de pin maritime, ici, nous en payons très cher les conséquences, car l’effondrement est énorme : les prix sont, au bas-mot, divisés par cinq, souvent par dix !
Pardon pour la longueur, mais j’espère avoir répondu à votre question et, au cas où vous souhaiteriez vous attaquer au marketing du bois bleu, je suis à votre service… mais devenez célèbre : ça aidera !
-
-
-
L’insurrection des consciences
L’éditorial de Jean-Claude Guillebaud paru dans Sud-Ouest Dimanche du 12 décembre est très intéressant.
-
Il s’intitule
L’insurrection des consciences
et rappelle beaucoup ce qui se passe en forêt.
La preuve en un extrait… à peine modifié :
-
La médiocrité du débat politique forestier nous afflige tous. Cependant, on aurait tort d’en rester là. En réalité, cet affadissement de la délibération démocratique n’est ni fatal ni général, et la langueur qu’elle induit n’est qu’apparente. Elle concerne principalement le théâtre de la politique forestière et des médias (dominants), c’est-à-dire la scène. Des formes politiques s’y décomposent, mais ce sont celles du passé. À l’écart des projecteurs, partout ailleurs, un mouvement inverse est perceptible. Des maquis se constituent, des pensées critiques s’élaborent, des alternatives se dessinent, mais d’une autre façon et avec d’autres mots. La richesse de ces germinations est telle qu’on songe à une phrase du poète Allemand Hölderlin qu’Edgar Morin aime citer : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Elle est plus pertinente que jamais. Au tréfonds des sociétés civiles, une fermentation est à l’œuvre. Multiforme, tâtonnante, brouillonne, elle creuse les fondations de la Cité Forêt future et s’emploie, coûte que coûte, à réinventer la politique sylviculture.
Toutes proportions gardées, il se passe à ce propos la même chose que dans les tyrannies politiques : face aux pouvoirs politiques cadenassés de Pékin, Téhéran ou Kaboul, les sociétés civiles sont bouillonnantes et inventives. Elles ont appris à contourner l’obstacle, à occuper les marges. Elles entendent la langue du pouvoir, mais elles ne l’écoutent plus. L’analogie a ses limites – nous ne sommes pas en régime de dictature -, mais elle est parlante. Chez nous, si le vieux monde se sclérose, une « insurrection des consciences » est en gestation. C’est dans les interstices de la vie, dans la quotidienneté, que campent ces résistants de l’intérieur. Les partis organismes classiques, les institutions, les langages se craquellent, ce n’est pas une catastrophe, c’est une mue. La peau qui se détache, c’est celle d’un monde déjà ancien, et qui s’en va.
[...]
-
Pour lire l’article original complet :
http://www.sudouest.fr/2010/12/12/l-insurrection-des-consciences-264955-4710.php
-
Mon commentaire :
Cher Monsieur,
Ce que vous écrivez au sujet de la vie politique me rappelle beaucoup ce que j’observe dans mon milieu professionnel : la sylviculture. Je pourrais reprendre presque mot à mot la plupart de vos passages.
Exemples : « Des formes [...] s’y décomposent, mais ce sont celles du passé. À l’écart des projecteurs, partout ailleurs, un mouvement inverse est perceptible. Des maquis se constituent, des pensées critiques s’élaborent, des alternatives se dessinent, etc.. », ou encore : « … si le vieux monde se sclérose, une « insurrection des consciences » est en gestation, etc.. », ou même : « Les nouveaux résistants agissent, eux, à travers un entrelacs d’associations culturelles, sociales, solidaires, mais aussi coopératives, scientifiques, écologistes, etc. Loin d’être tournées vers le passé, ces multitudes ne récusent pas les nouveaux outils techniques offerts aux humains, etc.. ».
Comme vous le savez, le « pouvoir cadenassé » de la sylviculture a fait un scandale après que vous m’aviez fait l’honneur de citer une partie de mes observations dans votre chronique « Retour en forêt » du 15 août dernier. Les « anciennes configurations doctrinales » ne supportent pas la liberté d’opinion.
Jacques Hazera
Expert forestier
Vice-Président de Pro Silva France
-
-
-
Lu dans le Nouvel Observateur
Trois extraits d’un entretien passionnant
avec Philippe Even
publié dans Le Nouvel Observateur
-
[...]
N.O.- Au fond vous êtes un libéral, d’ailleurs satisfait de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Il a été, selon vous, le premier à prendre la mesure du désastre.
Philippe Even.- Je le dis d’autant plus que j’ai toujours voté à gauche, « malgré elle et malgré moi » pour reprendre le mot de Camus. La recherche ne devrait pas être un problème de droite ou de gauche. Mais après 30 ans d’inaction, Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse ont vraiment, après Claude Allègre, essayé de changer les choses. Mais comme ils n’ont pas d’expérience de terrain, beaucoup de mesures s’enlisent, bloquées par les corporatismes et le syndicalisme, même si le Grand Emprunt et l’ANR (Agence Nationale de Recherche) sont de vraies avancées.
L’autonomie des universités en revanche reste souvent une coquille vide. Parce que les universitaires eux-mêmes sont fréquemment, comme on dit aux « Guignols », des « couilles molles », que l’inertie rassure. Beaucoup ne tiennent guère à l’autonomie, donc à la responsabilité, parce qu’ils sont élus précisément pour que rien ne change et pour leur goût des compromis et de l’irresponsabilité. N. Sarkozy se plante aussi dans le choix des inconnus de 3ème rang qu’il nomme à la tête du CNRS, de l’Inserm, des grandes directions ministérielles et des innombrables agences de recherche (plus de cent !) : ils n’ont aucune vision d’ensemble de la recherche et des directions nouvelles qu’elle prend. Des aveugles. A l’étranger, à ces postes, vous avez des Nobel, ou des pré-nobélisables.
En France, on choisit, au mieux, des ingénieurs X-Ponts, X-Mines, ou du CNES ou du CEA, tous dociles, sortis des mêmes « grandes » écoles, grandes entre guillemets, mais qui n’ont jamais fait de recherche. Ce qu’ils savent, c’est la science telle qu’elle était au moment de leurs études. Mais la recherche, c’est différent, c’est un état d’esprit, c’est être libre, c’est tout remettre en cause, contester ce qui a été enseigné, renverser les idées reçues, faire preuve d’audace et d’imagination, pour ouvrir des voies nouvelles et non circuler sur des autoroutes comme tout le monde. Ils ont appris à répondre à toutes les questions les plus compliquées, mais sont incapables de poser des questions nouvelles, qui sont toujours des remises en cause. La science « établie » trône comme une statue immobile ; la recherche, elle, danse, court, vole, va en tous sens. Elle ne peut s’épanouir dans les casernes de Polytechnique.
[...]
-
-
N.O.- Autre faiblesse hexagonale, cette incapacité à créer les instruments permettant de répondre aux questions que l’on se pose…
Philippe Even.- C’est vrai en médecine, avec les scanners, RMN, PET-Scan, pacemakers, défibrillateurs, etc., et plus vrai encore dans les laboratoires, où il faut des lasers, des séquenceurs, des micropuces, de la microscopie biphotonique, etc. Galilée n’était pas un grand théoricien, mais il s’est obstiné à grossir ce qu’il regardait dans le ciel. Il a appris qu’on avait fabriqué des lunettes en Hollande, il en a importé quand il était à Venise. Il les a modifiées, polies lui-même, perfectionnées et il a vu tourner Vénus autour du Soleil et découvert les 4 lunes tournant autour de Jupiter et prouvé ainsi la rotation de la Terre autour du Soleil « e pur si muove ». Ça, c’est la démarche dans tous les pays qui nous entourent. En étroite collaboration avec l’industrie, les chercheurs réfléchissent aux outils à fabriquer pour répondre à leurs questions. Nous, jamais. Nous devons les importer à grands frais avec des années de retard. Les chercheurs étrangers mangent le pain blanc, nous laissent le pain gris et d’un coup nous mettent dix ans dans la vue.
[...]
-
-
N.O.- Mais est ce que ça ne fait pas dix ans au moins qu’on parle du déclin de la recherche française ?
Philippe Even.- Ah bon ! Qui ? Je n’entends et ne lis chaque mois dans la presse que de ridicules cocoricos qui rappellent l’enthousiasme de nos grands chefs militaires juste avant Sedan 1870, re-Sedan en 1940 et Dien Bien Phu en 1954. Non, le déclin, on l’admet en économie, industrie et football, mais on le nie en littérature, en arts et en sciences. La France croit encore qu’elle éclaire le monde depuis Charlemagne. Du pipeau. Naufrage total. Quand Nicolas Sarkozy remet en 2009 la Grand Croix de la Légion d’honneur, si méritée, à Jacques Servier, le neuillyssois, inventeur sinistre du Médiator, ses propos sont à pleurer -« Vous avez été formé à l’école du grand Pasteur, à l’école de la grande médecine française et des nombreux Nobel (presque aucun) dont nous pouvons nous enorgueillir. » Des guignolades, tout ça.
N.O.- Ca vous mine au point d’avoir travaillé 4 ans à faire une sorte de « Livre Noir de la recherche » ?
Philippe Even.- Non, c’est un livre blanc de l’espoir, et ça a été passionnant. L’évaluation scientifique, c’est la science de la science, « la connaissance de la connaissance », comme dit Edgar Morin. Je l’écris à 78 ans pour nos chercheurs et pour mon pays, à cause de son histoire, sa culture unique, sa langue, ses jeunes, son potentiel étouffé par des gérontes aveugles, nantis et habiles, d’une totale nullité. Je suis à cet égard gaulliste.
Je l’ai écrit particulièrement pour les jeunes, qui sont tellement malheureux, qui vivent de façon si austère, sans un sou pour eux, sans un sou pour leur équipe, sans un sou pour leurs collaborateurs, leurs boursiers et les ingénieurs, si écrasés par un enseignement stérilisant et formaliste, qu’ils fuient aujourd’hui à tire d’aile les filières scientifiques. J’admire qu’ils fassent autant dans des pareilles conditions. Ce livre tente de plaider pour la recherche parce qu’elle est, avec l’art, la plus belle des libres aventures humaines individuelles et collectives, parce qu’elle est justement un art.
Mais je n’entretiens guère d’illusions sur l’impact que peut avoir ce livre. Tout au plus fera-t-il taire un certain nombre de gens qui ne connaissent rien à la recherche et prétendent justement la conduire, et en particulier peut-être fera-t-il taire ces gens du lobby des grandes écoles en bicorne qui ne servent à rien et tuent deux fois : la première en soustrayant les plus motivés à l’Université et la seconde en en faisant une élite sociale scientifiquement stérile. Ça peut aussi permettre de mieux comprendre et agir à quelques politiques de qualité, il y en a – Valérie. Pécresse en fait partie – pour leur donner un éclairage plus juste, plus de lucidité et plus de légitimité dans leurs choix. Quelques-uns ont d’ailleurs souhaité que j’écrive ce livre mais sans y être eux-mêmes impliqués et je les comprends. Il n’y a que des coups à prendre.
N.O.- Il y a des passages très poétiques aussi, vous établissez de jolies passerelles entre la recherche et la création artistique…
Philippe Even.- Cette phrase de Picasso est magnifique : « A 10 ans je dessinais comme Raphaël, il m’a fallu toute la vie pour apprendre à dessiner comme un enfant ». Tout est là. Vous connaissez le peintre et les livres qui ont été écrits sur lui, surtout celui de Pierre Daix, qui raconte, presque heure par heure, la genèse de tous les tableaux de Picasso, étude par étude, sur des jours, des semaines, des années même, et décrit ce qu’il modifie, selon l’heure de la nuit, l’éclairage, ses émotions, etc. C’est fascinant, on est au cœur de la création. Picasso ne cherche pas la beauté, mais sa vérité.
En lisant les grands chercheurs qui racontent leur histoire, Kepler, Einstein, Süsskind, Watson, Gell-Mann et François Jacob, ce sont exactement les mêmes mots. Ça se passe la nuit, dans la solitude, la tension, les intuitions qu’on croit voir poindre et qui s’évanouissent ou s’avèrent fausses. C’est « la science de nuit » de Jacob. Et puis tout à coup, soudainement, de façon imprévisible, comme un éclair, c’est l’œuf de Colomb. Tout se met en place. Voilà la clé qui ouvre toutes les portes. Nul ne l’a mieux décrit que François Jacob racontant sa découverte nobélisée en 1965, l’une des deux ou trois qui comptent en biologie depuis un siècle. Ça se passe au cinéma Miramar, place de Rennes, un dimanche de juillet. Il n’était pas bien, il va au cinoche avec sa femme. Et tout à coup, au milieu du film, il se lève d’un bond, il pousse un cri et sort et se dit : « Mon expérience, c’est la même que celle de Monod ! » Pourtant elles n’ont rien à voir, ce n’est pas du tout le même sujet, mais c’est le même mécanisme. Et d’un seul coup il apporte cette notion, formidable à l’époque et encore aujourd’hui : le génome de Watson en soi n’est qu’un clavier inerte, l’important c’est la musique qu’on y joue, l’important c’est sa régulation. A certains moments il y a des segments de génomes qui s’expriment et d’autres qui dorment. Jacob apporte cette notion formidable par rapport à ce qu’on avait avec la double hélice qui n’est qu’une structure, un clavier tordu. Il apporte cette notion qu’elle est vivante, elle bouge tout le temps, elle est régulée, et c’est en grande partie elle-même qui se régule. Elle est le clavier et le pianiste.
De tout cela, Jacob eut l’intuition d’un coup, comme une étincelle entre les plaques d’un condensateur, par un soudain rapprochement que les autres n’avaient pas fait. Pourquoi lui, ce jour-là, à cette heure-là ? Mystère. Il faut faire lire François Jacob à tous les jeunes, dès 15 ou 16 ans, au lieu de les asphyxier de différentielles et d’intégrales, qui ne sont que des procédés, des recettes de cuisine, des solutions, alors que ce sont les questions qui comptent.
-
Propos recueillis par Anne Crignon et Sophie des Déserts
Première mise en ligne : le 2 décembre 2010
-
-
Pour lire en ligne l’article complet :
3- http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20101202.BIB6025/faire-taire-les-grandes-ecoles-3-4.html
Quel rapport avec la forêt ?
Eh bien, je ne sais pas moi… peut-être l’absence de recherches sur le labour profond, par exemple !
-
-
Modèles de baux et de contrats
Quelques modèles à télécharger
-
-
01- Contrat de travail à durée déterminée pour activités en forêt :
-
02- Contrat de travaux d’exploitation forestière :
-
13- Contrat de vente de pin maritime sur pied :
-
14- Contrat de vente de bois bord de route :
-
15- Contrat de vente de bois de feu sur pied :
-
16- Contrat de vente de bois sur pied à l’unité de produit :
-
27- Convention de passage :
-
38- Bail de location pour la chasse à la palombe :
-
49- Bail de pâture à chevaux :
-
49b- Bail de pâture à chevaux avec constructions :
-











