Articles avec le tag ‘sylviculture’
Nouvelle réaction au sujet du labour
Reçu ce matin la réaction ci-dessous, adressée par François Lefèvre (France-Nature-Environnement) :
-
-
Un extrait pour vous allécher :
-
Toutes ces mauvaises pratiques résultent d’une approche des sols réduite à leur dimensions physico-chimique qui méprise ou ignore le rôle de la biodiversité dans ce fonctionnement. Comme cela est justement souligné dans votre document, la biodiversité est ici le cuisinier sans lequel toute alimentation apportée serait purement et simplement indigeste, donc inassimilable. En agriculture, le développement du non labour, l’émergence de la bioremédiation des sols au travers des réflexions autour du BRF, devraient interpeller nos forestiers qui s’attellent au wagon de queue du train du progrès. Il y a donc un gros chantier à mettre en œuvre pour que le sol reprennent toute sa place dans la sylviculture. Il faut interpeller pour provoquer le débat et le poser en commençant par expliquer le chemin invisible qui va du bois mort jusqu’aux racines.
J’espère que nous aurons l’occasion de collaborer sur ces sujets essentiels et passionnants !
-
-
-
… enfin l’avis d’un laboureur !
Henry Chaperon, Directeur Général de la C.A.F.S.A.,
m’a aimablement envoyé lundi, au sujet du labour, la réaction ci-dessous.
Voilà donc le premier pratiquant assidu qui s’exprime enfin.
Qu’il en soit cordialement remercié.
Ma réponse figure au-dessous…
-
Bonjour,
J’ai été destinataire indirect des échanges sur votre Blog portant sur le labour et plus généralement sur le travail du sol dans le milieu Landais (contrairement à ce que vous dites tous les opérateurs du labour n’ont pas été destinataires de votre mail ce qui pourrait expliquer leur silence…).
Je ne suis ni partisan d’une guerre des idées ni d’un combat idéologique : De ce point de vue la plupart des échanges contenus dans vote blog ne me paraissent pas faire avancer les choses.
Il faut revenir au pragmatisme et installer de véritables essais comparatifs appuyés par la recherche comparant la sylviculture que vous proposez à celle actuellement en cours sur le Massif.
Cette comparaison doit se nourrir:
- De modèles de croissance ce qui suppose que vous décriviez votre itinéraire technique de la régénération naturelle à la coupe rase
- D’hypothèses économiques : Il faut comptabiliser toutes les dépenses y compris les dépenses fiscales et les recettes attendues compte tenu du type de bois récolté. Les dépenses d’entretien doivent être évaluées à leur coût réel (recours à l’entreprise, comparaison de régimes d’entretien sur terrain non labouré et sur terrain labouré)
- De modèles de risques qui doivent prendre en compte la stabilité des peuplements et la durée de la révolution
- Du contexte social : Trouvera t on la main d’œuvre pour assurer l’ensemble des travaux
Des essais de terrain suivis par la recherche permettraient de valider année après année les hypothèses faites par les uns et les autres
Je suis bien sur partisan de tirer parti de tous les épisodes malheureux vécus par la forêt landaise mais sans jamais oublier le travail et les leçons de nos anciens qui ont travaillé sérieusement non pas parce qu’ils étaient à la solde du grand capitalisme et des papetiers mais en toute honnêteté pour faire progresser la forêt et essayer de maintenir sa compétitivité.
Nous ne sommes pas des assoiffés de la mécanisation et de l’escalade de la puissance des tracteurs : nous sommes simplement soucieux de contenir le coût des travaux ce que vous semblez oublier dans votre blog.
Nous nous plaçons bien sur dans une logique économique qui impose une logique d’itinéraires techniques que nous sommes prêts à faire évoluer en fonction de résultats avérés de la recherche et non d’idées non vérifiées. Vous réfutez en bloc le trépied de la sylviculture landaise constitué par le labour, la fertilisation et l’amélioration génétique, c’est votre droit. Je suis beaucoup plus critique par rapport à la diffusion d’un message qui ne serait pas solidement étayé par des résultats de terrain à partir d’essais bâtis scientifiquement.
Je reste à votre disposition pour un travail constructif mais pas pour entamer des polémiques qui ne feraient pas avancer la cause de la forêt.
Bien à vous
Henry Chaperon
Directeur Général CAFSA
-
Ma réponse :
Cher Monsieur,
Je vous remercie sincèrement pour votre message et pour le pont qu’il permet d’établir, et j’en profite pour vous adresser mes meilleurs vœux…
… mais, concrètement, quels sont vos arguments en faveur du labour ?
Bien cordialement, J.H.
-
P.S. 1 – Je suis tout à fait de votre avis sur certains des points que vous évoquez (pas tous, loin de là, car il y a des erreurs dans vos propos), mais ce n’est pas moi qu’il faut inciter à faire des essais comparatifs : incitez-y plutôt les organismes dont c’est la mission et qui en ont les moyens, I.N.R.A. et autres. Je vous garantis que Pro Silva s’y associera avec grand plaisir… si jamais Pro Silva est invitée.
P.S. 2 – Indépendamment des connaissances scientifiques, le bon sens et la toute bête observation des faits sont déjà des outils de grande valeur, de même que l’écoute des spécialistes. Or quelques-uns se sont déjà exprimés, et pas des moindres (Alain Brêthes, Bernard Jabiol, Yves Lefèvre, Christophe Drénou, Denis Loustau et d’autres)… mais vous n’avez pas l’air convaincu et souhaitez engager de véritables essais comparatifs appuyés par la recherche. Très bien mais, en attendant, pourquoi continuer à labourer ? Et pourquoi avoir tant et tant labouré à l’aveugle ? Denis Loustau nous a expliqué qu’on ne sait finalement pas grand chose sur le sujet.
P.S. 3 – Vous évoquez des polémiques, bien réelles à mon avis. Permettez-moi de vous faire remarquer que, malgré mon ton provocateur, ce n’est qu’à titre de victime que je figure dans ces polémiques et avec moi, de son vivant, Didier aussi. On pourrait également parler de censure, de pressions, de coups tordus que nous avons subis ; vous faut-il des exemples concrets ? Il serait bon en effet d’éteindre ces polémiques – je vous rejoins aussi sur ce point – mais je crois savoir que vous êtes vous-même beaucoup plus proche de leurs auteurs que je ne le suis moi-même. Intervenez donc auprès d’eux ; vous faut-il des noms ?
P.S. 4 – Même s’il reste encore beaucoup d’incertitudes et de points à préciser, un certain nombre de réponses à vos questions sur la Sylviculture Naturelle et Continue à laquelle vous semblez vous intéresser sont disponibles en libre accès sur mon blog : il suffit de piocher… mais réglons d’abord la question du labour !
-
-
-
-
-
-
Verboten !
« Interdiction de vous rendre à la visite Pro Silva ! »
-
Voilà comment Yznogourg* parle à ses gens !
-
On m’avait déjà plusieurs fois dénoncé ce fait,
mais un nouveau témoignage vient à l’instant de m’en apporter une nouvelle confirmation.
-
-
-
-
* Comment ça, vous ne savez pas qui est Yznogourg ? Mais pourtant tout le monde le connaît ! Yznogourg est un petit personnage de bande dessinée dont l’unique obsession est de devenir Calife à la place du Calife.
-
-
-
-
-
-
-
-
Le pin, le bois, le bleu, et nous
Question d’un étudiant :
M. Hazera,
Je suis étudiant à la Sorbonne à Paris en licence de design.
Dans le cadre d’un projet sur le pin maritime, je m’intéresse à cette essence, notamment aux caractéristiques de son aubier, comme la vulnérabilité aux champignons, insectes… À Paris, des fournisseurs de bois m’ont indiqué que l’aubier était le plus souvent éliminé pour la fabrication de planches par exemple, du fait de sa fragilité. Ils m’ont même dit que le transport d’aubier non traité était interdit pour Paris, et qu’il était traité directement sur le lieu de production.
Je voulais savoir si cela était vrai. Un producteur Landais de pin maritime m’a affirmé le contraire. Ce même producteur m’a expliqué que, dans son exploitation, son processus de fabrication absorbe l’aubier et le duramen, la séparation étant impossible.
Vous évoquez la monoculture intensive, qui entraîne des modifications structurelles du bois, et le fait que l’aubier ne peut être retiré. Pensez vous que les différences que je constate dans les propos que j’ai recueillis peuvent provenir de ces différences de pratiques ?
Je vous remercie pour les éclaircissements que vous pourrez m’apporter.
Bien cordialement.
-
-
My answer :
Cher Monsieur,
Merci de votre message, qui tombe très bien.
Ce que l’on vous a dit à Paris serait presque idéal, mais ne correspond pas aux pratiques réelles (du moins pour ce qui concerne le pin maritime).
- L’idéal serait d’éliminer l’aubier du bois lors de sa mise en œuvre… pour tous les bois. L’aubier est fragile et peu durable pour toutes les essences, même les plus résistantes, acacia et teck inclus, la seule partie vraiment noble étant le bois parfait.
- Malheureusement, cette pratique tend à se perdre pour de nombreuses essences et, concernant le pin maritime, elle est aujourd’hui totalement abandonnée.
L’aubier de toutes les essences est sensible aux champignons et aux insectes. L’aubier, partie vivante de l’arbre, contient quantité de réserves nutritives potentiellement utilisables par ces dégradeurs divers. Le duramen, lui, est le résultat d’un processus interne de transformation chimique et de colmatage des vaisseaux qui aboutit à rendre ce bois peu attractif et peu accessible. Les bois à aubier non différencié (peuplier, sapin et épicéa par exemple) restent plus fragiles du fait que ce processus de duraminisation ne se produit pas, ou pas de façon complète me semble-t-il (point à vérifier).
L’économie moderne pousse à raccourcir les cycles de production, et la sylviculture n’y échappe pas. De ce fait, au lieu d’attendre que le pin maritime ait atteint sa maturité, on le coupe avant terme, et le bois parfait… est encore loin de l’être. Comme on accélère la croissance dès la plantation, il contient une forte proportion de bois juvénile (le bois produit au cours des 10 à 15 premières années de vie de l’arbre), de qualité inférieure. Et comme les utilisateurs ne proposent que des prix très peu attractifs pour les gros pins, le sylviculteur préfère couper ses bois en herbe, lorsqu’ils sont encore jeunes (autour de 40 à 45 ans) et de volume faible (autour de 1 mètre-cube). En outre, la sylviculture moderne coûte de plus en plus cher, ce qui pousse également les producteurs à raccourcir les cycles de production. Ils considèrent aussi que des arbres qu’on laisse vivre longtemps sont davantage sujets à subir divers dangers (tempêtes par exemple), même si ce risque est bien loin d’être confirmé par les faits. Dernier point : on ne se préoccupe plus du tout non plus de la période de coupe. L’abattage se pratique tout au long de l’année, en toutes saisons et en tous temps. Les sols en sont victimes (à cause des engins de plus en plus lourds qui y circulent, même dans les périodes où ces sols sont les plus fragiles), mais la qualité du bois en est victime aussi, notamment sa résistance aux champignons et aux insectes car, comme vous le savez certainement, du bois coupé en bonne saison et en bonne lune est bien plus durable que ce même bois coupé à d’autres moments de l’année… mais ce qui commande maintenant aux arbres, ce sont les machines : leur prix est tellement énorme qu’elles doivent impérativement tourner à plein rendement pour enrichir leurs constructeurs et les organismes de prêt fnancier.
Tout cela est à mon avis extrêmement discutable, voire même largement erroné. C’est faire fausse route que de choisir toutes ces options. Dans des arbres de faibles dimensions, par exemple, il n’est pas possible de purger l’aubier car, si on le purge, il ne reste plus alors que très peu de bois parfait utilisable, encore ce dernier contient-il en son centre une grosse partie de bois juvénile. C’est tout à fait possible de purger l’aubier sur des arbres de grosses dimensions, mais pas sur les jeunes blancs-becs qu’on utilise de nos jours. C’est un obstacle économique, pas technique.
Le pin maritime contient une forte proportion d’aubier : pour des pins de 40 ans, il peut être de l’ordre d’un tiers du rayon, voire plus. En volume, cela représente une proportion encore bien plus importante. Sur un arbre d’une quarantaine d’années, c’est donc l’aubier qui est prépondérant dans la masse de bois. Lors des sinistres comme ceux que nous avons subis récemment (les ouragans Martin et Klaus), cet aubier commence à bleuter progressivement à partir de la fin du printemps, lorsque l’alimentation en eau devient déficiente (à cause des racines endommagées) pour répondre aux besoins de l’évapotranspiration. La dégringolade du prix du bois, dès le lendemain de chaque tempête, a comme prétexte ce bleu, cette dégradation de l’aubier, qui n’est pourtant pas technologique mais seulement esthétique, et qui ne se produit que longtemps après (plusieurs mois après le sinistre).
Voilà pourquoi votre message tombe bien : je rève d’un designer qui mettrait au goût des consommateurs les belles veines du bois bleu ! On m’a dit que, en Savoie (c’est un Savoyard qui me l’a dit), le bois bleu du sapin se vendait à meilleur prix que le bois blanc, c’est-à-dire vert… j’espère que vous me comprenez ! Autrement dit, tout cela n’est qu’une question de mode, mais nous autres producteurs de pin maritime, ici, nous en payons très cher les conséquences, car l’effondrement est énorme : les prix sont, au bas-mot, divisés par cinq, souvent par dix !
Pardon pour la longueur, mais j’espère avoir répondu à votre question et, au cas où vous souhaiteriez vous attaquer au marketing du bois bleu, je suis à votre service… mais devenez célèbre : ça aidera !
-
-
-
Ask not
-
-
-
-
Ask not what your forest can do for the industry.
-
Ask what the industry can do for the forest !
-
-
-
-
Émiettons le labour sans regrets
Hier :
-
Bonjour Mr Hazera
-
J’ai suivi avec intérêt les divers points de vue concernant le labour en profondeur.
Il semble en effet que le labour soit programmé un peu ‘à la légère‘, car des sols meubles ou sablonneux ne nécessitent à mon sens pas de labour, en tout cas dans le cadre de reboisements.
-
Il est en tout cas très compliqué de bien faire la part (exacte) des choses entre rentabilité économique (à tout prix ?) et une gestion raisonnée ou raisonnable n’affichant pas un retour sur investissement aussi rapide (mais peut-être toutefois plus rentable).
Je pense que les usages actuels demandent une production rapide, peu importe le rendement final pourvu que l’argent tourne vite.
A chacun son point de vue, pour ma part je suis plutôt du genre à laisser le temps au temps de manière à générer une meilleure rentabilité, et en tout cas une qualité supérieure (qui engendrera forcément une meilleure rentabilité).
-
Les temps ont changé, et il semble dérisoire pour beaucoup de personnes, de se passer des moyens techniques actuels.
Néanmoins, et je prends pour exemple les abattages mécanisés au détriment des bûcherons, et plus anciens encore les débardages dévolus aux lourds engins au détriment de moyens animaux ou plus légers, les services des Eaux et Forêts se sont depuis quelques années posé beaucoup de questions quant au dépérissement des feuillus, chênes et hêtres (ces derniers principalement), dont les racines mises à mal sont causes de traumatismes et par conséquent, les arbres déforcés sont plus sujets aux maladies ou attaques d’insectes.
Bien évidemment, les rotations beaucoup plus courtes en résineux n’ont pas permis de mesurer l’ampleur des dégâts (bien qu’en scierie, on soit en mesure de jauger des impacts de traumatismes profonds, mais ce n’est pas nécessairement remonté), mais ces bosi subissent le même traitement.
-
Le labour a sans doute des raisons d’être dans des terrains qu’il faut enrichir ou trop tassés et soumis aux ruissellement et lessivage, mais ce n’est pas fréquent en Europe.
Les arbres (ou futurs arbres) ont des facultés que seule la volonté de booster la croisance peut ignorer, vous l’avez souligné. Des arbres qui croissent trop rapidement sont bien évidemment plus faibles ques des arbres croissant lentement.
Ameublir el sol est un risque de les déforcer lors de tempêtes, et les ravages à répétition dans la forêt des Landes en est un pur exemple.
Le sol n’est pas suffisamment ferme, et le labourer est à mon sens une grave erreur.
Persister à mener uen monoculture de pins en est une autre. Une culture mixée permettrait de combattre les vents et les maladies, et aussi apporter du soutien au sol par apport de systèmes racinaires différents. de plus, les besoins des arbres varient selon les espèces, ce qui pourrait aussi apporter un peu de positif pour le sous-sol.
-
J’ai encore eu l’ocacsio nde bondir voici peu en écoutant TF1 relater les déboires des forestiers landais face au bistryche. Après une tempête, beaucoup d’arbres ont souffert et ce n’est pas parce qu’il est resté debout que l’arbre est indemne. il peut être criblé de ‘coups de vent‘, ce qui signifie d’infime cassures qui vont se retrouver sur les débits et ceux-ci secasseront. les fibres sont généralement très malmenées.
Si les insectes s’attaquent aux bos tombés en priorité, ils s’attaquent aussi aux arbres malades ou séniles. En cas d’attaque virulente, ils peuvent aussi s’attaquer à des peuiplements indemnes, mais cela est plus rare.
-
Il s’agit donc, après une tempête, de ne pas tergiverser sur le sort d’arbres mal en point mais encore debout, car cela ouvre le risque de les voir succomber plus tard sous les attaques des insectes, et avec eux, d’autres arbres moins touchés. les insectes ne peuvent pas se déplacer très loin, leurs capacités à voler étant réduites. C’est une facteur à prendre en considération pour la survie des peuplements.
Enfin, les monocultures sont très exposées, à la fois aux intempéries (même résistance), aux insectes, aux autres maladies (contagion), bien qu’elles génèrent des rentabilités à court terme.
Vous aviez parlé d’une sylviculture de luxe pour un produit de merde ?
-
En résumé, je suis plutôt de votre avis, surtout pour le respect à apporter à la forêt et aux arbres (et ses autres habitants). la submerger de moyens techniques comem on le fait ne constitue pas un erspect, mais un pillage.
-
Cordialement
Richard Fays
Expert international en bois
-
Retournons le labour sans états-d’âme
Un ami forestier m’a récemment écrit ceci :
-
Pour le labour voici ce que j’avais relevé :
-
Voici ma réponse :
Voici ce que m’inspirent les quatre objectifs que tu indiques au sujet du labour.
- Démembrer le feutrage de rhizomes dense de la molinie : je suis d’accord, et je crois même que c’est la fonction la plus ancienne, la plus universelle et la plus judicieuse du labour, molinie ou pas. C’est d’ailleurs ce qu’affirme Dominique Soltner : ‘On aurait pu croire que le travail millénaire des paysans a eu pour but d’ameublir le sol pour permettre aux racines de leurs cultures de s’y installer. Il n’en est rien. L’agriculture a été dans les siècles passés l’art de ne pas cultiver le sol, autrement dit de laisser la plante se débrouiller pour pénétrer le sol, l’essentiel étant de lui fournir un sol dégagé.‘ N’empêche que le labour à 30 ou 35 cm de profondeur descend en réalité bien au-delà de la rhizosphère des graminées : environ 2 à 3 fois plus profondément (cf. les photos ci-dessous). Là, il y a donc excès de zèle. D’autre part, pourquoi labourer tous les types de sols, même ceux où la molinie est absente ? Pourquoi labourer les sables purs ?
- Assurer un bon mélange des horizons superficiels afin de réactiver l’humus brut et augmenter la rétention en eau : à mon sens, le sol qui a le meilleur fonctionnement, c’est celui qui n’a subi aucune perturbation (aucun tassement par exemple). Labourer le sol ne peut être réparateur pour sa structure que dans le cas où on l’aurait abîmé auparavant (par exemple : exploitation de coupe rase avec un gros porteur circulant en tous sens). Bernard Jabiol dit : ‘Le labour peut être indispensable… si on a tout détruit et compacté avant !‘. C’est grâce à une bonne structure que la rétention en eau sera la meilleure (la macro-porosité). En l’émiettant après l’avoir retourné, on lui redonne provisoirement un semblant de structure, mais ce semblant de structure qu’on lui redonne artificiellement n’est pas du tout idéal : au lieu d’être ‘structuré‘, il en ressort ‘soufflé‘. La véritable structure d’un sol est le résultat d’un lent processus, et il ne la tient que de la vie qu’il abrite : racines des plantes, vers de terre, micro-faune, etc.. Si cette vie est absente, c’est dû généralement à l’excès d’acidité ; or ce n’est pas en faisant passer des tracteurs pour mélanger les horizons qu’on peut modifier l’acidité. D’autre part - indépendamment du tassement en profondeur provoqué par le simple poids de l’engin – le labour à 35 cm de profondeur ne mélange pas seulement les horizons superficiels. Dans le cas général, il remonte aussi de la terre stérile ; dans les podzosols, à mon avis, il ne remonte certainement pas beaucoup d’éléments fertiles de l’horizon d’accumulation, ce dernier étant dans la majorité des cas proche de l’alios et hors de portée du soc. Dans tous les cas, le soc descend moins profondément que certaines racines du pin. L’effet dopant du labour – qui est réel - vient à mon avis du fait qu’il accélère la minéralisation de l’humus (peut-être par un effet d’oxydation ?… ou par l’action de champignons ?…) mais c’est forcément au prix d’une réduction du ‘capital de fertilité’ du sol sur la durée : on choisit le court terme au préjudice du long terme. Or le bois de valeur est le bois mûr et sans nœuds, celui que produit l’arbre adulte (‘l’usine à bois‘), pas le jeunot ! En outre, accélérer la croissance des résineux n’est jamais une bonne chose pour les sylviculteurs ayant des objectifs de production de haute qualité, mais c’est encore pire dans le jeune âge car, ce faisant, on augmente le volume de branches et de bois juvénile (de mauvaise qualité technologique)… bois juvénile qui sera malheureusement présent au cœur des arbres lors de leur coupe, sans parler des nœuds. Pour fabriquer de la pâte à papier ou des panneaux de particules, ou même des palettes, ça n’est pas gênant… sauf que ce n’est pas ce type de production qui est à mon avis capable de rémunérer le sylviculteur, surtout dans un marché où l’on encourage la surproduction !
- Enfouir l’acide phosphorique pour le rendre disponible pour les racines : même remarque que précédemment. Noter que cette opération (travail du sol et fertilisation) représente un coût important et que, avec un tel investissement au départ, la durée du cycle de production doit impérativement être très courte. D’où la difficulté matérielle, en sylviculture industrielle, de fabriquer du bois de bonne qualité (qui, comme l’expliquait souvent Jacques Deval, a besoin d’être ‘mûr’ et ne se trouve que dans les arbres âgés). D’autre part, la majorité des processus naturels d’enrichissement se font par simples dépôts à la surface du sol, l’incorporation ne se faisant que très lentement : c’est le cas de la litière. C’est cette lenteur qui garantit une croissance régulière et continue.
- Ameublir sur 30 cm de profondeur afin de faciliter l’enracinement des plants provenant des pépinières : ton hypothèse est intéressante (à savoir : pour les plans issus de pépinière, colonisation du sol par leurs racines en deux étapes), mais elle reste à démontrer. Moi j’ai plusieurs essais qui ne confirment pas cette hypothèse, avec des plants issus de pépinière mais installés sans labour, parfois simplement au milieu de la végétation déjà présente. Ces plants ont aujourd’hui entre 5 et 14 ans et, même si leur vigueur est moindre que sur labour fertilisé, la plupart d’entre-eux ont aujourd’hui une conformation bien meilleure, des branches fines, et en plus ils sont stables : ils sont encore debout en 2010 ! Je me demande pour ma part si, en ameublissant le sol, on ne détériorerait pas la qualité de l’ancrage et si on ne cantonnerait pas quelque peu la prospection racinaire à la partie ameublie. On sait bien qu’un simple passage de rouleau landais fragilise cet ancrage, or la charrue fait bien pire que le rouleau landais. Il arrive qu’on nous donne d’excellentes raisons pour faire d’énormes bêtises : c’est le cas par exemple des ‘regonflages‘ avec passage de disques lourds dans les interlignes, alors qu’on connaît très bien par ailleurs l’effet dévastateur que peut avoir cette opération sur le système racinaire des pins.
D’après mon expérience, je concluerais ainsi : tous ces travaux lourds sont parfaits pour fabriquer de gros volumes de biomasse à toute vitesse, mais ils ne permettent généralement pas d’obtenir des bois de qualité ni des forêts stables. Certains des sylviculteurs qui donnent la préférence au volume par rapport à la qualité sont peut-être enthousiastes sur cet itinéraire, mais leurs performances s’effondrent un jour ou l’autre si la stabilité est déficiente… ce qui est le cas, et c’est ce qu’on vient de voir à deux reprises ! D’autre part, le coût de ces travaux me semble incompatible avec une rémunération correcte de l’investisseur. Le véritable risque, en forêt, est lié à l’ampleur de ces investissements. En un mot, comme disait Didier : ‘C’est une sylviculture de luxe pour un produit de merde !‘ Je m’emballe… mais t’en penses quoi ?
Pardon pour la longueur !
-
Sur les trois photos ci-dessous, on voit bien que le labour descend bien au-delà de la zone prospectée par les racines de la molinie (cf. paragraphe 1),
même si, en cherchant bien, on arrive quand même à en retrouver quelques-unes, rares, près du fond de la cale.
Pro Silva et les étudiants
LE REMPLAÇANT – 3) Le risque et l’engagement
Suite et fin…
-
Précisons enfin un dernier point :
-
Je suis moi-même propriétaire forestier, sylviculteur professionnel, et expert forestier.
C’est de ma forêt que je tire l’essentiel de mes revenus, même s’il me faut les compléter par des prestations.
C’est donc à mes propres risques que je fais depuis près de vingt ans de multiples essais dans mes parcelles, dans le but d’en optimiser la santé, la qualité, la productivité et, en fin de comptes, la rentabilité. J’ai en outre le souci constant d’en améliorer le capital : peuplements, sols, desserte, ambiance, stabilité des arbres, etc..
Lors de mes prestations en tant qu’expert forestier, je porte donc à la fois l’expérience
du CONSEILLEUR et celle du PAYEUR !
Les options que j’ai prises en matière d’objectifs, d’itinéraires, et de régénération sont le fruit d’expériences, d’études et de réflexions de longue haleine. Beaucoup d’entre-elles m’ont été inspirées par des forestiers prestigieux et reconnus.
-
Ce que je propose aux sylviculteurs Landais, c’est d’essayer certaines des options les plus intéressantes que j’ai moi-même testées dans ma forêt, qui n’engagent que très peu de frais et qui, de surcroît, sont réversibles pour la plupart d’entre-elles.
Me faire traiter en retour, sans examen, sans visite et sans débat,
de farfelu, de nostalgique et d’excentrique
ne fait que renforcer mes doutes sur les objectifs réels du Donjon.
-
Accession à la propriété forestière
- Initiative originale à Uzeste, en Gironde -
Le Groupement Forestier Uzestois propose à tout un chacun de devenir propriétaire forestier. Il suffit pour cela d’acquérir une part.
-
Si vous vous lamentez de l’orientation que prend la forêt landaise ;
Si vous estimez que les pins deviennent beaucoup trop envahissants dans le paysage ;
Si vous vous désolez que la part des feuillus soit de plus en plus réduite ;
Si vous regrettez qu’on traite la forêt comme un vulgaire champ de maïs ;
Si vous souhaitez revoir des sous-bois diversifiés et riches autour de chez vous ;
Si vous avez envie de retrouver une forêt saine, agréable et prospère ;
Bref, si vous souhaitez améliorer votre cadre de vie et que votre avis soit pris en compte dans les décisions, entrez au Groupement Forestier Uzestois !
-
-
-
Réponse à Maître Pif
Sur Adiu – Sud-Gironde, Maître Pif a écrit ceci :
bonjour à toutes et tous
vos provocations révèlent un certain mépris du monde agricole .
La question du labour ‘profond’ en milieu forestier peut paraître effectivement inutile , mais la question de savoir si le labour en agriculture est destructeur (micro-organismes,vers de terre ,…) cela n’est pas vrai!
Concernant la mécanisation de tous les travaux de pénibilité je ne crois pas que l’on puisse revenir en arrière , ce que faisaient nos grands -parents est révolu, et je suis sûr qu’aucun d’entre vous ne le ferait :
la terre est trop basse !
des efforts considérables sont faits depuis plus de 10 ans en matière environnementale en France ( – de phytos, – d’engrais , -de C02,…)mais bien-sûr cela ne se voit pas , pourtant les nitrates dans l’eau ont baissé significativement , mais cela est passé sous silence malheureusement pour nos agriculteurs qui ne cessent de se justifier et d’évoluer dans le bon sens malgré ce vent de panique que vous les écolos , vous vendez aux médias.
alors que sur les forêts , personne ne se préocupe de savoir s’il n’y a pas de pollution.
Savez -vous que les forêts produisent des nitrates?
et c’est bien normal!
s’il n’y avait pas eu sur la terre des nitrates(azote) il n’y aurait jamais aucune vie.
j’espère vous avoir éclairé un peu .
-
C’est à lire à l’adresse suivante : http://www.adiu.fr/a/index.php/Forum/LabourLaParoleAuxTechniciens
-
Voici ma réponse :
Maître Pif,
Poser des questions et formuler des critiques ne constitue pas des provocations. Par ailleurs, j’ai le plus grand respect pour le monde agricole mais ce que je critique, c’est le système destructeur dans lequel il s’est laissé aliéner, à l’exemple des producteurs de lait. Or les forestiers se dirigent tout droit vers un système aussi pervers : on assiste à une perte de prospérité généralisée, où seuls quelques malins mieux placés parviennent à faire fortune… aux dépens des autres.
Vous ne pouvez pas nier que le simple fait de labourer une terre perturbe obligatoirement l’habitat des vers de terre et des micro-organismes. Le sol est une zone d’échanges entre l’atmosphère et le sous-sol. Les vers de terre ont pour effet de créer, grâce à leurs galeries verticales, un réseau de communication entre les diverses couches du sol. Cela permet à l’air et à l’eau d’y circuler du haut vers le bas et inversement. Les micro-organismes ont d’autres fonctions, plus ou moins spécialisées. En perturbant cet habitat, le laboureur prend donc le risque d’appauvrir son sol, surtout s’il utilise des engins lourds : le tassement provoqué est d’autant plus profond, d’autant plus épais, et d’autant plus grave que l’engin est lourd. Ce tassement a des conséquences néfastes sur la circulation verticale des fluides dans le sol. Certaines terres sont plus fragiles que d’autres au tassement, mais toutes le sont en conditions humides. Gérard Ducerf le résume ainsi : « Le plus grand destructeur des sols, c’est l’essuie-glace ». Une fois que le sol est trop tassé, ni les vers de terre ni les racines ne peuvent plus y créer de nouvelles galeries. Du coup, les bactéries anaérobies deviennent dominantes et l’ensemble du système bascule alors. Ce fonctionnement en anaérobiose dégage des déchets toxiques (nitrites et méthane notamment, me semble-t-il). D’autre part, lors des grandes pluies, l’eau qui ne peut plus s’infiltrer en profondeur est contrainte de ruisseler à l’horizontale, notamment en surface, en entraînant une érosion et pouvant même provoquer les inondations catastrophiques auxquelles on assiste de plus en plus souvent lorsque l’ensemble d’un bassin versant a ainsi été maltraité. Toujours d’après Gérard Ducerf : « En 2007, 71% des sols français avaient perdu leur porosité ». De plus, le passage répété de la charrue provoque l’apparition d’une nouvelle couche infranchissable : la semelle de labour.
En agriculture, on peut compenser provisoirement ces défaillances en n’utilisant le sol que comme un simple support neutre : on lui apporte alors tous les éléments chimiques dont la plante aura besoin, on irrigue, on draine, on détruit les parasites… On le met sous perfusion. Quoi qu’il en soit, l’agriculture réclame beaucoup de travail, et il sera en effet difficile de se passer du confort de la mécanisation maintenant que les habitudes sont prises : sur ce point, vous avez raison. Le cas est différent en forêt où, pour pousser, les arbres n’ont aucun besoin du tracteur, mais d’un écosystème en bon état : il suffit simplement au sylviculteur d’accompagner les processus naturels. Ma proposition consiste donc à ce qu’on retourne à une sylviculture plus économe et plus efficace… ou du moins qu’on étudie la possibilité d’y retourner. Pour ma part, j’ai vingt ans d’expériences très positives dans cette voie et je suis optimiste. De plus, en forêt, les arbres ont besoin d’un sol très épais pour tenir debout… une épaisseur que la charrue est bien incapable d’atteindre, même en labour profond !
Que vous reconnaissiez les dérives engendrées par les pratiques agricoles (« des efforts considérables sont faits depuis 10 ans en matière environnementale… ») c’est très bien, mais cela ne vous autorise pas à retourner l’arme vers la forêt. Même si les nitrates sont nécessaires à la vie de la forêt, vous ne pouvez pas dire que « les forêts produisent des nitrates » car ils sont principalement issus de l’atmosphère. Certaines plantes capturent l’azote atmosphérique dans des tissus spécifiques (sous forme ammoniacale me semble-t-il), et le conservent en stock à la disposition du milieu. Certaines bactéries fixent également l’azote atmosphérique. Cet azote n’est donc pas entraîné vers les nappes d’eau, ni sous forme de nitrate ni de nitrite ni d’ammonium… Bref, si les nitrates sont effectivement présents dans un écosystème forestier équilibré, ils n’y sont pas en excès ! Des villes comme Vittel ou Munich ont d’ailleurs organisé leur approvisionnement en eau potable grâce à l’excellente épuration qu’opèrent à peu de frais les massifs forestiers qui les entourent. Croyez-vous que ce serait possible dans des bassins d’agriculture intensive, ou d’élevage intensif ? Ou simplement dans des zones de surpâturage ? Savez-vous réellement ce que contiennent tous nos « bons » fromages A.O.C. ? Savez-vous que, dans les Pyrénées, les pâturages d’altitde sont parsemés de ronds d’herbe brûlée à tous les endroits où une bête a uriné ? Savez-vous que, en un demi-siècle, le surpâturage en a fait disparaître l’arnica (Arnica montana) et a rendu explosif le gispet (Festuca eskia) au détriment du nard raide (Nardus stricta) ? Savez-vous que lors de l’établissement de l’A.O.C. du Comté, les relevés floristiques recensaient 80 espèces de plantes et qu’il n’en reste plus qu’une dizaine aujourd’hui ? Comment expliquez-vous cela, Maître Pif ?
Pour finir, je ne retiendrai de vos explications qu’une seule phrase : « La question du labour ‘profond’ en milieu forestier peut paraître effectivement inutile ». Merci !
Jacques HAZERA
Expert forestier
Vice-Président de Pro Silva France
-
Pour information, extrait de l’ouvrage « Vie microbienne du sol et production végétale » de Pierre Davet (éditions Quae) : « On observe donc, selon ce schéma, un flux permanent d’azote atmosphérique vers le sol, où il est fixé et transformé en une matière organique susceptible d’être indéfiniment recyclée. L’accumulation est évitée et l’équilibre rétabli, dans les écosystèmes naturels, par l’action d’organismes dénitrifiants qui assurent le retour à l’état gazeux de l’azote nitrique en excès. Il n’en est plus de même dans les systèmes d’agriculture intensive où les apports d’engrais azotés s’ajoutent à la fixation naturelle. Une partie seulement de la fumure azotée est utilisée par les cultures. Le reste, facilement entraîné par les eaux de pluie et d’irrigation, échappe aux organismes dénitrificateurs (dont il dépasse de toutes façons les capacités de transformation) et va polluer les nappes phréatiques. »
-
L’erreur boréale et nous
Extrait du film de Richard Desjardins : L’erreur boréale.
http://www.dailymotion.com/video/x5wklj_l-erreur-boreale-3_lifestyle
-
Est-ce ainsi que les hommes avancent ?
Est-ce ainsi qu’ils traitent leurs forêts ?
En tous cas, beaucoup de similitudes avec nos pratiques landaises…
-
Pour visionner l’ensemble du film :
http://www.dailymotion.com/relevance/search/lerreur+bor%C3%A9ale
-
Si ce film vous a plu, n’hésitez pas à lire ceci :
-
Un amendement au labour
-
Nos amis les laboureurs totalement absents du débat sur le labour !
Offrez-vous de la com, les mecs !
Vous laissez ce débat comme une terre derrière la charrue : à nu !
Il est comme un sol après quelques décennies de labour : mort !
Fertilisons ce débat d’un peu de piment des Pijoulets !
1) – Soit sur le site Passerelle Éco :
http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=113
-
2) – Soit ici la version .Pdf (texte seul) :
Vous verrez : c’est un entretien charmant avec Claude Bourguignon. Il y est question de petites fleurs, de gentils animaux, de la vie, de la mort… de l’Homme dans tout ça…
C’est un peu long, mais je vous le recommande : c’est du petit lait !
Vous m’en direz des nouvelles, amis de la charrue et du mutisme.
Labour tabou ?
Qu’est-ce qui vous arrive, amis laboureurs ?…
Je vous trouve bien mous ! Savez-vous que tous les forestiers Landais tendent l’oreille ?… Et même en France, beaucoup vous écoutent !… On est impatient d’avoir votre avis !…
Bon, je vois bien que vous n’avez pas envie de jouer avec moi, alors je vais jouer tout seul, na !
Quelques petits trucs piochés ici ou là :
- Un labour, pour la vie du sol, peut être comparé au cumul d’un tremblement de terre, d’une inondation, d’un feu et d’un ouragan. D. Reicosky (U.S. Departement of Agriculture)
- La minéralisation par le travail du sol est un moyen efficace de fertiliser les cultures mais, si elle est trop importante, elle consomme le stock d’humus. C’est comme un feu : plus on souffle dessus, plus ça brûle fort, et moins ça brûle longtemps ! Après un labour, la végétation est détruite, la vie du sol perturbée et la culture n’a pas encore de besoins importants : les nitrates sont lessivés. Frédéric Thomas (L’agriculture du carbone)
- Le travail du sol accélère la minéralisation de la matière organique : d’avantage d’éléments minéraux à court terme (souvent perdus) mais perte d’humus à moyen terme. Frédéric Thomas (L’agriculture du carbone)
- Le labour génère plus d’azote minéral que le semis direct. L’azote descend dans le profil avec l’eau des pluies d’automne-hiver, et va se perdre dans l’eau de drainage. Frédéric Thomas (L’agriculture du carbone)
- On aurait pu croire que le travail millénaire des paysans a eu pour but d’ameublir le sol pour permettre aux racines de leurs cultures de s’y installer. Il n’en est rien. L’agriculture a été dans les siècles passés l’art de ne pas cultiver le sol, autrement dit de laisser la plante se débrouiller pour pénétrer le sol, l’essentiel étant de lui fournir un sol dégagé. Dominique Soltner
- C’est la vie qui forme le sol. La structure et la porosité sont surtout d’origine biologique. Le véritable but du travail du sol est de dégager le sol plus qu’ameublir la terre. Dominique Soltner
- Il faut nourrir le sol, pas la plante. Anonyme
-
Toutes ces remarques rappellent étrangement ce qu’on peut lire
en page 2 de ma fiche intitulée Le sol :
Ainsi l’excès d’humus ne sert à rien si la capacité des micro-organismes présents est trop faible pour minéraliser cet excès : l’indigestion n’est pas un procédé d’alimentation envisageable à long terme ! Le rouleau landais provoque un brusque surplus d’humus, en même temps qu’il tranche un bon nombre de racines de pins, qu’il détruit quantité de végétaux bienveillants, qu’il perturbe la rhizosphère, qu’il fragilise l’ancrage racinaire, qu’il rend le sol inhospitalier pour la microfaune, qu’il accroît le volume de carbone largué pour rien dans l’atmosphère, qu’il met la terre à nu augmentant ainsi l’érosion, l’évaporation des pluies et le lessivage des éléments nutritifs, etc..
-
À suivre, les amis…
-
Comment flinguer le bois
L’autre jour, au rayon bois, je n’ai pas résisté au plaisir d’acheter du pin.
Bon, du pin, j’en ai plein ma forêt, et mes hangars sont pleins de beaux sciages de pin des Landes en train de sécher tranquillement à l’air libre. Bref, je n’ai nullement besoin d’acheter des planches… mais c’était pour le plaisir : pour le seul plaisir de dénoncer les gougnafiers qui mettent en vente de pareilles saloperies, le plaisir d’épingler les voleurs, les escrocs, les vandales qui osent se moquer des consommateurs en leur fourguant du bois minable et hors de prix.
Trois planches et deux tasseaux en pin des Landes.
Mes achats au rayon bois massif chez Castorama, à Mérignac, le 9 août dernier :
Trois planches brutes en Pin de France (pin des Landes) de 100 mm x 22 mm x 2,40 m – PEFC – Prix : 9,80 € T.T.C.
Un tasseau brut (même bois) en 21 x 47 x 2,40 m – PEFC – Prix : 4,80 € T.T.C.
Un autre tasseau brut (idem) en 30 x 30 x 2,40 m – PEFC – Prix : 4,90 € T.T.C.
Mes commentaires :
- certains de ces nœuds noirs et peu adhérents
Difficile, la régé nat ?
L’avis du C.R.P.F. au sujet de la régénération naturelle.
1) Un texte :
« La régénération naturelle du pin maritime [...] est mal adaptée à la lande humide. Le sylviculteur qui choisit (ou subit) la régénération naturelle, se prive de l’apport de l’amélioration génétique et devra en tout état de cause ‘assister’ les semis pour en faire des peuplements productifs (dépressages, mise en allées, etc.). »
(extrait de « Elaboration de nouveaux itinéraires techniques de régénération de la forêt landaise en réponse aux scénarios possibles - Innovations Agronomiques » – Y. Lesgourgues et S. Drouineau – 2009)
-
2) Une image :

(diapositive extraite de l’exposé présenté par Yves Lesgourgues le 30 juin 2009 au colloque organisé à Pessac (Gironde) par l’I.N.R.A. sur le thème Sylviculture, Forêts et Tempêtes
et présenté de nouveau lors de la restitution des travaux du G.I.P.-ECO.FOR. le 15 avril 2010 à Sabres*)
* Le débat qui devait clore ce colloque n’a pas eu lieu.
-
3) Ma réponse en quelques photos :
(photos prises au cours de l’hiver 2009-2010, dans les parties humides de la parcelle A449)
La régénération que l’on voit sous les adultes est issue d’un simple passage de rouleau landais effectué en janvier 2005 sur la totalité de la surface.
En septembre 2010, j’ai mesuré quelques hauteurs parmi les dominants :
4,93 mètres – 4,42 m – 4,84 m – 4,79 m – 5,58 m – 6,05 m
soit une moyenne de 5,10 mètres par arbre
et 85 cm d’accroissement annuel pour moins de 150 € de frais.
Qui dit mieux ?
-
Labour toujours
Alors, les laboureurs, je vous trouve bien timides : zéro réponse pour l’instant !
Puisqu’il faut vous aider, voici ce que vous auriez pu dire :
- « Le travail du sol a pour objectifs une bonne aération du sol et un mélange intime des différents horizons, de façon à augmenter le volume prospecté par le système racinaire du pin. On sait qu’un développement racinaire harmonieux et important est gage de la qualité et de la productivité des peuplements. Le travail du sol devra donc être aussi profond que possible et intéresser la totalité de la surface de la zone reboisée. » (Henry Chaperon – La culture du pin maritime en Aquitaine – A.FO.CEL. 1986 – Page 75).
Ou encore ceci :
- « Le labour a des objectifs multiples. Autrefois, on cherchait seulement à rendre possible le contact direct de la graine avec le sol minéral. Depuis longtemps, on s’est aperçu qu’il fallait être plus ambitieux. On recherche maintenant un ameublissement sur au moins 30 cm, et un bon mélange de la matière organique, de l’engrais et du sol minéral. » (Jean-Paul Maugé – Le pin maritime, premier résineux de France – I.D.F. 1987 – Page 107).
Voilà donc ce que vous auriez pu donner comme arguments. Bien qu’ils soient très rudimentaires, ce sont des arguments officiels parfaitement estampillés. Toutefois, ces arguments auraient suscité de ma part quelques nouvelles questions.
Exemples :
- Comment est-il possible que, « pour aérer le sol », on y lâche des engins de 160 chevaux et plus ?
- Par quel miracle est-il possible que le simple « mélange intime des différents horizons augmente le volume prospecté par le système racinaire » ?
- Comment se fait-il que des pins installés de façon naturelle bien avant l’existence des tracteurs et des charrues atteignent 40 mètres de hauteur et soient encore debout en 2010 ?
- Quel est le volume prospecté par les racines de tels pins n’ayant jamais bénéficié des outils modernes ?
- Comment se fait-il que, en n’ameublissant le sol que sur une profondeur de 30 cm, on aide les racines à descendre au-dessous ?
- Quel est l’intérêt de « mélanger la matière organique, l’engrais, et le sol minéral » ?
- Est-ce que notre brave pin maritime est trop stupide pour trouver ce qui lui convient, eau et sels minéraux ? Est-ce que les autres arbres sont plus malins que lui ?
- Les végétaux du monde entier ont-ils attendu, pour croître et se multiplier, qu’il existe tracteurs, charrues, engrais, gros sous… ?
Allez les gars, courage ! Vous ne m’aidez pas beaucoup sur ce débat !
Vous avez la parole.
En attendant votre réponse, les tracteurs tournent,
les euros changent de mains…
et les pins tombent !
Les sols landais
Une étude intéressante sur nos sols landais :
Il s’agit d’une revue bibliographique publiée en 1999 sur le sujet, et coordonnée par Pierre Trichet (I.N.R.A. de Pierroton), dans le cadre de la monoculture intensive du pin maritime. Bien que sa publication soit déjà ancienne, il semble bizarrement que personne ne se soucie des mises en garde qui y sont faites.
Quelques extraits :
[...] D’ores et déjà, des scénarios plus intensifs fondés sur de courtes rotations (20 à 25 ans) sont envisagés par les gestionnaires forestiers pour répondre à l’évolution du marché vers la production de bois de trituration (Lesgourgues et al., 1997). Face à l’apparition de tels scénarios, impliquant une pression accrue sur les sols forestiers (interventions mécaniques, augmentation de la productivité forestière et raccourcissement des rotations), le maintien de la fertilité des sols à long terme se pose de manière cruciale. Dans un souci de gestion durable des ressources minérales et organiques du sol à l’échelle du massif landais, un certain nombre de travaux ont déjà été réalisés ou sont en cours de réalisation. [...]
-
[...] La mise en andain et le brûlage provoquent des pertes minérales importantes (lessivage, volatilisation, pertes particulaires) et privent le sol d’un apport de matière organique fraîche, nécessaire au maintien de ses caractéristiques physico-chimiques. Ces pratiques sont donc à déconseiller dans le cadre d’une gestion durable. Chez le Pin maritime l’écorce est épaisse : elle constitue sur un peuplement de 26 ans de l’ordre de 12 % de la biomasse aérienne (Porté, 1999). L’écorçage en forêt permettrait de réduire les exportations, et restituer au sol une importante quantité de matière organique (+55% par rapport à la restitution du houppier seul, sur le peuplement étudié de 26 ans) et de minéraux : pour un pin maritime de 16 ans, 30 % de l’azote et du phosphore contenus dans le tronc, sont dans l’écorce (Lemoine et al. 1988, 1990). Cependant, la valeur commerciale de l’écorce de Pin maritime (très recherchée en horticulture), rend peu probable l’hypothèse d’un écorçage in situ. [...]
-
[...] les effets observés lors de la mise en culture de ces sols (Jolivet et al., 1997) laissent penser que l’effet mécanique de la coupe rase et du travail du sol possède un impact important, au moins en ce qui concerne la minéralisation des stocks de matières organiques. Le labour profond réalisé avant l’installation de la plantation, favorise l’incorporation de la matière organique dans le sol, accélère la minéralisation et provoquerait ainsi une libération massive d’éléments minéraux dans le sol, qui peuvent être immobilisés dans la strate basse ou par les jeunes arbres, ou exportés hors du profil par drainage. Le mélange des horizons supérieurs (O et A1) provoqué par le labour peut également être à l’origine d’une dilution des stocks d’éléments minéraux et organiques localisés dans la couche superficielle du sol. [...]
-
[...] Dans un contexte similaire, Schmitt et al. (1996) ont mis en évidence une diminution des teneurs en azote minéralisable et en phosphore assimilable, liée à la préparation mécanique du sol. [...]
-
[...] Pennock et van Kessel (1997) observent ainsi que la réduction des stocks de carbone liée à la coupe rase varie en fonction de la texture du sol, les pertes les plus importantes étant mesurées dans les sols de texture sableuse. [...]
-
[...] La fixation symbiotique d’azote est assurée par des ajoncs (Ulex nanus et Ulex europaeus), aucune estimation des quantités fixées ne peut à ce jour être fournie, cependant la non dominance des ajoncs parmi la flore landaise peut amener à penser que les quantités fixées sont faibles. La fixation non symbiotique de l’azote n’a jamais, à notre connaissance, été abordée, dans le contexte landais [...]
-
[...] L’introduction de cultures intercalaires de légumineuses fixatrices d’azote (engrais vert), comme cela a été réalisé en Australie sur Pinus radiata (Nambiar et Nethercot, 1987 ; Smethurst et al., 1986), pourrait être ne solution à tester. [...]
-
[...] Une acidification supplémentaire de sols déjà très acides ne serait pas sans conséquences néfastes sur l’évolution de la fertilité des sols landais. [...]
-
[...] Les perspectives d’intensification, basée sur le raccourcissement des rotations et l’accroissement des exportations minérales hors de l’écosystème, seront donc à considérer avec la plus grande prudence. [...]
-
[...] De toutes les modifications probables de l’itinéraire technique sylvicole du Pin maritime, le raccourcissement des révolutions est sans doute le point le plus délicat à prendre en compte dans le raisonnement du maintien de la fertilité des sols landais. En effet, l’augmentation des fréquences des prélèvements minéraux et organiques, et des perturbations du sol liées à la coupe rase, est susceptible d’engendrer d’importants changements dans les caractères et la fertilité des sols forestiers landais. [...]
Deux remarques :
1- Une petite rectification : il serait temps que les forestiers cessent d’employer le terme de ‘rotation‘ à la place de ‘révolution‘. Ce n’est absolument pas la même chose et cette erreur entraîne une confusion néfaste. Dans toute cette étude – du reste fort intéressante – c’est la notion de ‘révolution’ qui est représentée par le terme ‘rotation’.
2- Une interrogation : si les légumineuses permettent la fixation symbiotique de l’azote, pourquoi détruit-on systématiquement et régulièrement les légumineuses présentes, ajoncs et genêts notamment ? L’étude suggère d’en introduire artificiellement, comme cela a été tenté en Australie, alors que de nombreuses parcelles landaises en sont déjà bien pourvues !…
-
-
Les fonctions multiples de la forêt
L’Association Futaie Irrégulière vient de publier un nouvel ouvrage intitulé :
Le traitement des futaies irrégulières
Valoriser les fonctions multiples de la forêt

Ce beau livre richement illustré (tableaux, graphiques, photos magnifiques…) est surtout un ouvrage technique. Il rapporte les derniers résultats chiffrés issus du réseau de placettes de références installé par l’A.F.I., mais donne aussi beaucoup d’explications sur la façon de traiter des cas différents d’essences, de stations, de mélanges…
Son objectif est de montrer comment mettre en valeur conjointement, sur chaque morceau d’une forêt, les trois fonctions principales : économique, protectrice et sociale.
Il a été publié en partenariat avec l’association France-Bois-Forêt.
L’A.F.I. est proche partenaire de Pro Silva.
-
Pour se le procurer :
Association Futaie Irrégulière
24 Quai Vauban
25000 Besançon
-
Un bébé-forum
Un nouveau forum vient de voir le jour :
-
Pour l’instant, c’est juste l’ouverture, mais il y a déjà un texte signé Sosténi qui est un vrai régal, et une description de la sylviculture Pro Silva, signée Philippe d’Harcourt, qui est une merveille de finesse, de clarté, et de sensibilité !
Vous m’en direz des nouvelles…
Le labour en forêt
Quelques échanges au sujet du labour, à lire sur le site « Adiu – Sud-Gironde » :
-
Le sujet est encore très loin d’être clos, mais pour l’instant aucun partisan du labour n’a daigné s’exprimer.
On se doute bien qu’ils sont tous occupés à tirer la charrue et qu’ils ont bien d’autres travaux à faire que de papoter sur le Net avec des couillons… Alors, entre couillons, on papote sur le Net à la gloire des Partisans du Labour.















